Débats

IKEA tente de réinventer la zone commerciale

Zone commerciale de Strasbourg- Vendenheim ©Air Shoot/Cus

Zone commerciale de Strasbourg- Vendenheim
©Air Shoot/Cus

C’est dans le début des année 60 qu’apparaissent les premiers supermarchés, à une époque où l’autoroute ne représente que quelques centaines de kilomètres, où le périphérique parisien n’est qu’un embryon et où aucun rond-point n’a encore vu le jour. Et c’est l’éminent architecte Le Corbusier, en imaginant sectoriser les villes en quartiers distincts destinés à accueillir « la vie », « le travail », « les loisirs » et « les infrastructures routières », qui souffle à l’Etat l’idée de création de « zones ». Quelques décennies plus tard, le territoire français se couvre de ZUP, ZAC, échangeurs, rocades, « boites à chaussures » et ronds-points indigestes qui floutent la lisibilité du territoire.
 

Conçus pour créer une rupture de flux, les hypermarchés, véritables « zones de chalandise », déploient une multitude de subterfuges afin d’inciter la pause et d’engager l’acte de consommer. Construits en entrées de villes et parfois même en pleine campagne, ils ont pour symptôme d’ « aspirer les consommateurs des centres-villes en attendant que les lotissements viennent boucher les trous du maillage routier… Aujourd’hui, la France, championne mondiale de la grande distribution compte 1 400 hypermarchés (de plus de 2 500 mètres carrés) et 8 000 supermarchés ». (Xavier de Jarcy et Vincent Remy)
 

« Pendant très longtemps l’urbanisme a été une affaire d’Etat en France », rappelle Thierry Paquot, philosophe de l’urbain et éditeur de la revue Urbanisme. Mais depuis 1983, les lois de décentralisation décrètent les maires comme seuls responsables de la prise de décisions relatives aux permis de construire. « L’habitat se banalise et conduit à cette France moche qui nie totalement l’esprit des lieux. »
 

L’architecte et urbaniste David Mangin parle, dans son ouvrage du même nom, de villes « franchisées ». Ces villes se caractériseraient, selon sa définition, par l’affranchissement de toute planification ainsi que par le règne de la sectorisation, de l’entre soi et de la consommation. Il oppose à ces enclaves privées, la ville passante et métissée, celle du domaine public.
 

Ce modèle caractéristique des périphéries serait-il à réviser, à l’heure où la décroissance économique se double d’une modification des modes de consommation ? Certaines grosses enseignes comme IKEA y songent.
 

© Ikea Centres

© Ikea Centres

Et c’est en se préoccupant du plan d’urbanisme pour son nouveau centre commercial, prévu fin 2018 près de Caen, que IKEA Centres innove. Depuis 2012, l’enseigne travaille avec l’agence d’urbanisme et de paysage – TER pour définir un projet en cohérence avec le futur quartier des Hauts de l’Orne et les espaces naturels avoisinants. Les continuités paysagères seront assurées, avec la mise en place d’une pépinière, à quelques kilomètres de là, afin de produire sur place une grande partie des végétaux du projet. D’autres ambitions environnementales, comme une réduction de la consommation en énergie équivalente à la consommation annuelle de plus de 1400 foyers, ainsi que la récupération des eaux de pluies, animent ce projet qui compte privilégier les entreprises locales et créer plus de 900 postes.
 
Alors on se prend à rêver que demain, les « zones » seraient intégrées au paysage !
 

© Ikea Centres

© Ikea Centres


 
 
 

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