Récits

Ma première ville

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Ce qui frappe dès l’abord, ce sont les alignements d’arbres par où l’on arrive et qui convergent de toutes parts : majoritairement des platanes centenaires, aux futs tachetés, droits et puissants, puis ramifiés et formant des croisées et des voutes hautes comme une cathédrale.

 

La ville qui s’ouvre semble comme coupée en deux parties -dont on ne distingue pas encore l’étendue mais qu’on devine immenses- par la rivière sombre qui jamais ne m’est apparue si large, si profonde, aux masses d’eaux paresseuses et boueuses. D’un pont l’on en aperçoit un autre. Combien sont-ils ?

 
 

Lorsqu’enfin on pénètre le corps serré de la ville gris et rose, on est happé par l’enchaînement de ses rues minérales, innombrables et ramifiées. Un gigantesque labyrinthe de tranchées dans la masse rocheuse qui ne fait qu’un avec son sol et ses collines avoisinantes, comme une énorme extrusion homogène de granit.

 

Parfois, entre les hautes maisons, petitement percées de baies verticales à doubles volets de bois persiennés, serrées de part et d’autre des rues, s’envolent des venelles en pas d’âne qui montent à l’infini, offrant des fentes tortueuses à l’ombre épaisse, sans autre horizon que cette figure sans cesse renouvelée. Seuls quelques édifices publics -monolithes hors d’échelle- rompent ce calme ordonnancement qu’ils ponctuent de leur solennité.

 

Ce monde inattendu, tellurique, taillé dans la masse, a-t-il un cœur ? Un chapelet de places pavées, cernées de toutes part de boutiques aux devantures, qui associent bois coloré et verre, proposent une débauche d’étales aux produits luxueux et d’artisans inconnus jusque là : bijouteries, merceries, quincailleries et aussi ébénistes, fleuristes, coiffeurs !
Coulée dans cette intemporelle forteresse urbaine, grouille une innombrable population, à la densité inconcevable, bruyante et vibrionnante, affairée, à l’occitan aussi puissant et rocailleux que les visages sont burinés, sombrement vêtue, tête couverte, au pas assuré et pressé.

 

Ma main dans celle de mon grand père -j’ai cinq ans et nous sommes en 1962- je sors de mon village de quelques dizaines de maisons recroquevillées autour de l’église et je découvre ébahi ma première ville, celle de ma naissance, la plus petite sous-préfecture de France : Confolens.


 

La Ville ne me quittera plus ! A cette époque on me le prédit, je serai architecte.

 
 
 

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